De Brazzaville à Alger sur le traces de Pierre Savorgnan De Brazza

Le chapitre suivant est tiré de mon "Calepin Africain"; il a fait l'objet d'une conférence pour les étudiants de la Faculté des lettres de l'Université d'Alger.

Il est dédié au Dr. Y.K., à mes ami(e)s et à mes confrères algériens.

Alger, avril 2002

Cela commença par hasard, en une journée torride de décembre 1997, alors que je descendais du zéro équatorial vers le Cap Lopez, en direction de la côte atlantique, non pas le long des pistes boueuses qui traversaient la forêt pluviale du Gabon mais dans une pirogue qui se laissait transporter paresseusement par le courant de la principale artère fluviale qui pénètre dans le cœur de l'ancienne Afrique Equatoriale française.

D'interminables centaines de kilomètres d'eaux vaseuses, le long desquelles une nappe de végétation luxuriante et impénétrable offre refuge à de myriades d'oiseaux et singes pendant que sur les bancs de sable somnolent les hippopotames. A part le bruissement du hors-bord, le silence était profond, l'on se croyait dans un nouveau monde où la machine du temps de notre siècle avait arrêté de rythmer les secondes, les jours, les années …

J'arrivai en fin d'après-midi à la mission de N'Gomo, destination de mon voyage, où j'aurai dû évaluer les possibilités de réactiver un dispensaire. La mission, bâtie vers la fin du 19ème siècle, avec sa belle église et diverses constructions en maçonnerie, avait un je ne sais quoi d'irréel, plongée comme elle l'était dans la mer verte de la jungle tropicale sur la confluence d'un petit fleuve avec l'Ogooué. Une fois achevée l'inspection des structures sanitaires, je demandai à visiter l'école, une construction en briques, plutôt vaste et bien aérée, qui aurait dû satisfaire aux exigences scolaires des enfants des villages dispersés dans la forêt.

Une seule salle, comme tantes d'autres déjà vues, des bancs branlants dispersés chaotiquement, des chaises renversées, des iguanes polychromes qui courraient d'un mur à l'autre chassant les insectes, le tableau avec un manuel en français pour le comportement du brave citoyen - écrit qui sait quand -, au-dessus duquel, accrochée au mur, il y avait une photo en noir et blanc qui attira subitement mon attention.

Dans un premier instant, je pensai qu'il s'agissait d'un quelque président africain; mais en m'approchant de la chaire, je reconnus tout de suite la figure mince, en uniforme de lieutenant de vaisseau de la Marine militaire française, de Pierre Savorgnan de Brazza.

Je fus secoué et étonné d'une telle découverte. A quatre-vingt-dix ans de sa mort, dans le cœur de l'Afrique noire, l'image du grand explorateur frioulan, auteur de l'empire colonial français en terre d'Afrique, continuait à inspirer confiance et respect aussi chez les nouvelles générations du Gabon indépendant.

Quelques années plus tard, par hasard ou par un étrange dessein du destin, je me retrouva à parcourir les mêmes pistes battues par Brazza, dans le sud du Tchad, le long du Chari et de l'Oubangui et puis encore jusqu'à Alger où, aujourd'hui, assis sur la dalle de granit rose qui couvre sa tombe monumentale au cimetière Mustapha, sous son regard triste et pénétrant, j'ai décidé de prendre papier et crayon pour rappeler ces événements.

Index

  • Introduction
  • Le début de la grande aventure
  • Rencontre avec le roi Makoko
  • Le chemin du retour
  • La Conférence de Berlin
  • De nouveau au Congo
  • La dernière mission au Congo
  • Alger